Agriculture africaine : malgré les progrès de la production, les petits producteurs restent en difficulté

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La hausse de la production agricole ne garantit pas encore une amélioration durable des conditions de vie des agriculteurs africains. C’est l’un des principaux enseignements du rapport Impact, Learning and Foresight Report 2026 publié lundi 31 août par l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), à l’occasion de son 20ᵉ anniversaire.


Selon l’organisation panafricaine, la valeur réelle de la production agricole africaine a doublé en deux décennies, tandis que les rendements céréaliers ont progressé d’environ 40 %. La croissance annuelle de la valeur ajoutée agricole serait, elle, passée de 2,3 % à près de 4 % depuis les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de Maputo de 2003 et du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (CAADP).

Ces avancées restent toutefois insuffisantes face aux défis alimentaires et sociaux du continent. L’insécurité alimentaire persiste et de nombreux petits exploitants continuent de faire face à des revenus faibles et instables.


Pour AGRA, le principal défi consiste désormais à faire en sorte que les progrès enregistrés dans les champs se traduisent réellement dans les revenus des producteurs.


Le manque d’infrastructures de stockage, l’accès limité au financement, les coûts élevés du transport et la faiblesse des capacités de transformation constituent autant d’obstacles. Dans plusieurs régions, l’absence de solutions adaptées de conservation et de transformation contraint encore les producteurs à écouler leurs récoltes rapidement, souvent à des prix peu rémunérateurs.


« Vingt ans de données montrent que le secteur agroalimentaire africain peut progresser lorsque les conditions sont réunies », relève Alice Ruhweza, présidente d’AGRA. L’enjeu est désormais, selon elle, de transformer ces progrès en revenus, en résilience et en perspectives durables pour les agriculteurs.


À ces difficultés structurelles s’ajoutent les effets du changement climatique, les conflits et la volatilité des marchés internationaux, qui fragilisent davantage les systèmes alimentaires africains.


Le rapport identifie trois principaux blocages qui continuent de freiner la transformation du secteur agricole.


Le premier est celui de la productivité, marquée par des rendements encore instables et fortement exposés aux conditions météorologiques. Le deuxième concerne la création de valeur : les surplus agricoles peinent à être transformés localement en produits à plus forte valeur ajoutée et en emplois industriels. Le troisième est lié aux capacités, avec des insuffisances en matière d’ingénierie publique, de financement durable et de mise en œuvre des politiques agricoles.


Pour Hailemariam Dessalegn, président du conseil d’administration d’AGRA, le véritable progrès ne peut être mesuré uniquement par les volumes produits. Il doit également permettre de conserver davantage de valeur dans les territoires et de renforcer durablement les capacités des acteurs.


AGRA met également en avant les résultats obtenus depuis sa création. L’organisation affirme avoir accompagné 118 entreprises semencières, contribué au développement de plus de 650 variétés de semences améliorées et mis en place un réseau de 25 000 revendeurs d’intrants ainsi que 33 000 conseillers agricoles.


Près de cinq millions d’exploitants auraient par ailleurs bénéficié de formations sur les pratiques de conservation des sols et d’adaptation au changement climatique. L’organisation indique également avoir mobilisé 691 millions de dollars pour soutenir les plans nationaux d’investissement agricole.


Malgré ces acquis, AGRA estime que le rythme actuel pourrait compromettre l’atteinte des objectifs fixés pour 2035 dans le cadre de la Déclaration de Kampala et du CAADP 3.0.
L’organisation préconise donc une mobilisation coordonnée des gouvernements, partenaires financiers, secteur privé et communauté scientifique. Cette approche devrait permettre de dépasser une vision centrée uniquement sur la production pour s’intéresser davantage aux revenus, à la résilience et aux conditions de vie des producteurs.


Ces recommandations seront notamment mises en discussion lors de l’Africa Food Systems Forum, prévu du 2 au 5 septembre à Kigali, au Rwanda. AGRA entend y défendre une nouvelle conception de la réussite agricole africaine : celle-ci devrait désormais se mesurer non seulement à la quantité produite, mais aussi à la capacité des agriculteurs à vivre dignement de leur activité et à prospérer.

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