Le Togo poursuit son engagement pour une représentation plus juste de l’Afrique dans le monde.
Après avoir porté à l’ONU l’adoption d’une résolution visant à corriger la représentation du continent sur les cartes, la diplomatie togolaise ouvre un nouveau chantier : traduire la mappemonde Equal Earth dans les langues africaines.
Le ministère des Affaires étrangères a lancé un appel international à candidatures intitulé « A Fair Map in African Languages ». L’initiative vise à rendre cette carte accessible aux populations africaines dans leurs langues, afin de renforcer son appropriation dans les écoles, les médias et les communautés.
Cette démarche s’inscrit dans le prolongement de la résolution A/RES/80/307, dite « Correcting the Map », adoptée le 4 septembre 2026 par l’Assemblée générale des Nations unies. Porté par le Togo au nom du Groupe africain, avec le soutien de l’Union africaine, le texte a recueilli 164 voix favorables, une voix contre et six abstentions. Il encourage notamment l’abandon progressif de la projection Mercator, qui déforme les superficies relatives des territoires, au profit de la projection Equal Earth, plus fidèle aux dimensions réelles des continents.
Pour Lomé, cette avancée cartographique doit désormais s’accompagner d’un effort linguistique. L’objectif est de permettre aux Africains de consulter et de comprendre la carte dans les langues qu’ils utilisent au quotidien. Une orientation qui rejoint la vision défendue par le ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, sur l’importance des langues africaines dans la transmission des connaissances et la valorisation des identités culturelles.
Le ministère recherche des traducteurs, linguistes, chercheurs, enseignants, membres d’académies, associations spécialisées ainsi que des membres de la diaspora disposant d’une expertise reconnue dans une langue africaine.
Les candidats retenus devront traduire les noms des continents, des océans, des pays et des capitales, ainsi que le titre et la légende de la carte. Ils devront également produire une note pédagogique sur la projection cartographique et un glossaire de une à deux pages justifiant les choix linguistiques et orthographiques effectués.
Les productions seront mises à disposition gratuitement sous licence libre, afin de favoriser leur diffusion et leur utilisation à grande échelle.
Parmi les langues prioritaires figurent notamment le haoussa, le yoruba, l’igbo, l’amharique, l’oromo, le wolof, le fulfulde, le lingala, le zoulou, le malgache, l’éwé, le kabyè, le kotokoli, le bambara et le somali. Une version en swahili est déjà engagée. L’appel reste toutefois ouvert à d’autres langues africaines, y compris celles parlées au sein de la diaspora.
Les personnes intéressées ont jusqu’au 30 décembre 2026 pour soumettre leur dossier. Les résultats de la sélection sont prévus le 15 janvier 2027, tandis que les traductions devront être livrées à la fin du mois de février. La présentation publique des cartes traduites est annoncée pour le second semestre 2027.
L’évaluation des candidatures reposera principalement sur la maîtrise de l’écrit et de l’orthographe de la langue concernée, qui comptera pour 65 % de la note. L’expérience en traduction technique ou éducative représentera 20 %, tandis que l’ancrage auprès des publics cibles pèsera 15 %.
En contrepartie, les contributeurs bénéficieront notamment de la mention de leur nom sur la carte officielle, d’un certificat délivré par le ministère, d’une invitation à Lomé pour le lancement et d’une rémunération forfaitaire pour chaque langue traitée.
Les dossiers doivent être transmis exclusivement par courriel à l’adresse
[email protected], avec pour objet « Equal Earth ». Ils devront comprendre une lettre de candidature d’une page, un CV de traducteur ou de relecteur, ainsi que des références et des preuves de travaux de traduction.
À travers cette initiative, le Togo entend prolonger la bataille pour une représentation plus équitable de l’Afrique en faisant des langues du continent un vecteur de diffusion du savoir.
Après avoir défendu une carte plus fidèle à la superficie africaine, Lomé veut désormais lui donner une voix accessible aux populations qu’elle représente.




