Agriculture africaine : Face au changement climatique, l’urgence de produire mieux avec moins de ressources

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Face à la dégradation des sols, à l’irrégularité des précipitations et à la croissance des besoins alimentaires, l’agriculture africaine est appelée à revoir ses méthodes de production.

Comment augmenter les rendements tout en préservant les ressources naturelles ? C’est autour de cette problématique que des experts de l’International Fertilizer Development Center (IFDC) ont échangé lors d’un webinaire organisé par le Réseau international Médias Énergie Environnement (RIME).

Au cœur des discussions : une utilisation plus intelligente des intrants, la restauration de la fertilité des sols et l’adaptation des pratiques agricoles aux réalités climatiques.

Nourrir une population en pleine expansion tout en faisant face à la fragilisation des écosystèmes constitue un défi majeur pour le continent africain. Sécheresses prolongées, inondations, érosion et appauvrissement des terres compromettent de plus en plus les capacités de production agricole.

À ces difficultés environnementales s’ajoute une pression démographique qui accentue la demande alimentaire et renforce la nécessité d’améliorer les performances des exploitations.


Lors du webinaire placé sous le thème « Agriculture africaine face au climat : comment produire plus avec moins de ressources ? », Abalo Adodo, directeur du développement et des partenariats pour l’Afrique de l’Ouest côtière, et Josias Toviho, agronome et spécialiste des services agricoles intégrés, tous deux de l’IFDC, ont appelé à une transformation profonde des systèmes agricoles.

Leur message est clair : l’avenir de l’agriculture ne repose pas uniquement sur l’augmentation des quantités d’engrais et d’autres intrants, mais surtout sur leur utilisation rationnelle et efficace.

La dégradation des sols, une menace grandissante pour l’agriculture

La santé des terres agricoles figure parmi les principales préoccupations soulevées au cours des échanges. Selon Abalo Adodo, près d’un tiers des terres agricoles dans le monde seraient déjà dégradées. En Afrique, cette proportion varierait entre 20 et 50 % selon les pays. À l’échelle mondiale, les pertes de terres fertiles sont estimées à environ 20 millions d’hectares chaque année.


Cette dégradation est aggravée par les dérèglements climatiques, caractérisés notamment par l’alternance de fortes pluies, d’inondations et de longues périodes de sécheresse. Ces phénomènes accélèrent l’érosion, réduisent la capacité des sols à retenir l’eau et affectent leur potentiel de production.


Les activités humaines contribuent également à cette situation, notamment à travers certaines pratiques agricoles inadaptées et des activités industrielles insuffisamment encadrées.
Parallèlement, la croissance démographique accentue la pression sur les terres disponibles. En Afrique subsaharienne, elle est estimée à environ 2,5 % par an, contre 0,9 % à l’échelle mondiale, selon les données présentées par l’expert. Cette évolution accroît les besoins alimentaires alors que les superficies cultivables restent limitées.


Miser sur la fertilité des sols plutôt que sur la multiplication des intrants


Pour les spécialistes de l’IFDC, l’amélioration de la productivité agricole passe avant tout par une meilleure gestion des ressources disponibles. Il ne s’agit pas nécessairement de diminuer les quantités d’engrais ou d’eau utilisées, mais de veiller à leur application au bon moment, au bon endroit et dans les proportions appropriées.
Josias Toviho met notamment en garde contre une dépendance excessive aux engrais minéraux lorsqu’ils ne sont pas associés à des pratiques de restauration des sols et à des apports de matières organiques. Une telle approche risque, à terme, d’affecter les propriétés physiques, chimiques et biologiques des terres.


Dans cette perspective, la gestion intégrée de la fertilité des sols (GIFS) apparaît comme une solution importante. Elle consiste à évaluer les caractéristiques des terres, à identifier les ressources disponibles localement et à combiner différentes pratiques pour maintenir ou restaurer leur potentiel productif.


Parmi les techniques recommandées figurent les cordons pierreux, particulièrement adaptés aux terrains en pente. Ils permettent de freiner le ruissellement des eaux, de limiter l’érosion et de favoriser leur infiltration dans le sol.

Les experts encouragent également la valorisation des déjections animales, la production de compost et l’enfouissement des résidus de récolte afin d’enrichir les terres en matière organique.

L’association des matières organiques et des engrais minéraux, notamment à travers les fertilisants organominéraux, constitue une autre piste pour améliorer durablement la fertilité des sols.


Semences adaptées, maîtrise de l’eau et usage raisonné des engrais


L’adaptation aux changements climatiques nécessite également une évolution des pratiques culturales. Le choix des semences constitue à cet égard un facteur déterminant. Face à l’irrégularité des pluies, les producteurs sont invités à privilégier des variétés adaptées aux conditions agroécologiques de leurs zones de production.

L’efficacité des fertilisants dépend aussi des conditions et des périodes d’application. À titre d’exemple, l’épandage de l’urée sous une forte chaleur, sans tenir compte des conditions météorologiques, peut entraîner des pertes et réduire les bénéfices attendus. Le respect du calendrier agricole et des techniques d’application devient donc essentiel.


La gestion de l’eau représente un autre levier stratégique. Dans un contexte où une grande partie de la production agricole dépend encore des précipitations, le développement de systèmes d’irrigation adaptés, notamment pour les cultures maraîchères, pourrait contribuer à sécuriser les récoltes et à mieux exploiter les ressources hydriques.


À cela s’ajoute le recours aux informations climatiques et aux outils numériques. Ces derniers peuvent accompagner les producteurs dans la planification des semis, du désherbage, de l’application des engrais et des récoltes.

Les intervenants ont notamment évoqué la plateforme FeSeRWAM, un outil de recommandation des semences et des engrais en Afrique de l’Ouest. Elle permet aux agriculteurs d’accéder à des conseils adaptés aux caractéristiques agroécologiques de leurs zones de production.


Réduire les pertes après récolte pour préserver les efforts des producteurs


L’amélioration des rendements ne suffit pas à elle seule à garantir la sécurité alimentaire. Les pertes post-récolte constituent également un problème important qui mérite une attention particulière.
En effet, une production agricole plus abondante perd une partie de sa valeur lorsque les producteurs ne disposent pas de moyens appropriés pour conserver et stocker leurs récoltes.

Le renforcement des infrastructures et des dispositifs de stockage apparaît donc indispensable pour limiter les pertes et assurer une meilleure disponibilité des denrées sur les marchés.


Pour illustrer les possibilités offertes par une meilleure gestion des ressources, Josias Toviho a pris l’exemple de la culture du maïs. Selon lui, un producteur réalisant habituellement un rendement d’une tonne à l’hectare pourrait atteindre entre 1,5 et 2,5 tonnes en optimisant les mêmes quantités d’intrants. Cette amélioration serait notamment liée au choix de semences appropriées, à la valorisation de la matière organique et au respect des périodes d’intervention.


Ces performances restent toutefois indicatives et dépendent des conditions propres à chaque exploitation.


Pour une agriculture africaine plus productive et résiliente


Au terme des échanges, un constat se dégage : l’avenir de l’agriculture africaine ne dépend pas uniquement de l’augmentation des superficies cultivées ou des quantités d’intrants mobilisées. Il repose davantage sur la capacité des producteurs à optimiser les ressources disponibles, à restaurer la fertilité des sols et à adapter leurs pratiques aux nouvelles contraintes climatiques.


La formation et l’accompagnement des agriculteurs, l’accès aux informations agricoles, la maîtrise de l’eau, la valorisation des ressources locales et l’amélioration des conditions de conservation des récoltes constituent autant de leviers pour réussir cette transition.


Produire plus avec moins de ressources devient ainsi une nécessité stratégique pour répondre aux besoins alimentaires du continent sans compromettre son patrimoine naturel.

Une ambition qui place désormais la santé des sols et la résilience climatique au centre des politiques de développement agricole en Afrique.

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