Dans une adresse forte et sans concession, l’opposant togolais exilé Salifou Tikpi Atchadam a rompu avec la tradition des vœux de fin d’année pour livrer un message politique d’une rare intensité.
À travers ce discours, il appelle le peuple togolais à assumer pleinement sa responsabilité historique dans la reconquête de la liberté et de la souveraineté nationales.
« Je ne viens pas vous présenter des vœux de bonne et heureuse année », déclare d’emblée Salifou Tikpi Atchadamé. Pour l’opposant, il serait illusoire de souhaiter une année heureuse à un peuple qu’il décrit comme enfermé dans « une vaste prison à ciel ouvert », dont les seules issues seraient « la prison ferme, l’exil ou le cimetière ».
Ce refus des vœux n’est pas anodin. Il marque, selon lui, la gravité de la situation politique du pays et la nécessité de sortir des discours de façade.
« Nous sommes en lutte », affirme-t-il, insistant sur le caractère permanent et existentiel du combat pour la liberté et la souveraineté du Togo.
Tout en réaffirmant l’attachement des Togolais à leur devise, à leur drapeau et à leur hymne national, Salifou Tikpi Atchadamé interroge le sens réel de ces symboles dans un État qu’il qualifie de non souverain.
Quelle fierté, s’interroge-t-il, peut-il y avoir à brandir les emblèmes d’un pays soumis à une « dictature militaire monarchique absolue » ? Pour lui, les symboles nationaux ne prennent leur pleine signification que lorsqu’ils sont portés par un peuple libre et maître de son destin.
« Le patriotisme ne réside pas dans les mots, mais dans l’action », martèle-t-il. Arborer un drapeau ou chanter un hymne ne suffit pas ; aimer la patrie implique de s’engager, d’agir et, si nécessaire, de se sacrifier pour la défendre.
Depuis le 13 janvier 1963, date qu’il considère comme un tournant historique majeur, aimer le Togo signifie, selon lui, se battre pour une liberté et une souveraineté confisquées. L’inaction équivaut alors à une forme de trahison.
L’opposant exilé fustige trois attitudes qu’il juge dangereuses : la passivité, le fatalisme et l’attente d’un salut extérieur. À ceux qui disent « nous regardons seulement », il oppose l’absence totale de dignité dans le statut de spectateur du martyre de son propre peuple.
À ceux qui affirment que « Dieu va sauver le Togo », il répond par une métaphore insistante : Dieu agit, mais ne descend pas.
La germination est l’œuvre de la graine, l’éclosion celle du poussin. La responsabilité humaine ne saurait être déléguée au divin.
Quant au discours selon lequel « ça va finir un jour », Salifou Tikpi Atchadamé y voit une résignation dangereuse, susceptible d’entraîner le peuple dans un « processus de suicide collectif ».
Se réclamant explicitement du combat mené par Sylvanus Olympio, l’opposant affirme que la lutte actuelle est avant tout souverainiste. Il rappelle que lorsque le peuple togolais se proclame souverainiste, le monde comprend le sens de cette revendication, mais que cette proclamation implique une conséquence directe : « Peuple togolais, libère-toi toi-même. »
Selon lui, espérer une liberté octroyée de l’extérieur revient à accepter la perpétuation de la servitude, une réalité inscrite aussi bien dans l’histoire que dans le droit international.
Salifou Tikpi Atchadamé invoque un proverbe africain : « Celui qui parle haut et fort doit s’assurer de sa force. » Il appelle le peuple togolais à assumer jusqu’au bout son amour pour la patrie, sa fierté pour ses symboles et l’autorité de sa voix collective.
Par devoir et par dignité, conclut-il, « nous devons achever ce que nous avons commencé ».






