L’érosion, la salinisation et la diminution de la matière organique constituent désormais des menaces majeures pour les sols agricoles marocains.
Dans son rapport 2026 sur l’état des ressources mondiales en sols, la FAO appelle à renforcer les mesures de conservation des terres dans une région confrontée à l’aridité, au stress hydrique et à la répétition des épisodes de sécheresse.
Publié en collaboration avec le Groupe technique intergouvernemental sur les sols, le rapport Status of the World’s Soil Resources 2026 dresse un état des lieux préoccupant de la situation dans la région du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord (NENA).
Cette partie du monde figure parmi les plus exposées aux contraintes liées à la disponibilité des terres et de l’eau. Plus de 43 % de son territoire est désertique et environ 40 % supplémentaire est constitué de zones arides ou semi-arides.
Au Maroc, les superficies agricoles ont connu une progression notable ces dernières années. Entre 2015 et 2022, environ 240 000 hectares supplémentaires ont été mis en culture, plaçant le Royaume au troisième rang régional en matière d’extension des terres cultivées, derrière le Soudan et l’Égypte.
Dans le même temps, les superficies équipées pour l’irrigation ont augmenté de près de 160 000 hectares. Si cette évolution contribue à renforcer la production agricole et à réduire certains effets du stress hydrique, elle peut également accentuer la pression exercée sur les sols lorsque l’irrigation, le drainage et la fertilisation sont mal maîtrisés.
La salinité constitue à cet égard un risque important. Selon la FAO, entre 20 et 30 % des terres irriguées en Algérie et au Maroc seraient touchées par les sels. Une accumulation excessive de sels dans les sols peut limiter l’absorption de l’eau et des nutriments par les plantes et, à terme, affecter les rendements agricoles.
L’érosion hydrique et éolienne apparaît comme l’une des principales menaces pour les terres agricoles de la région. Dans certaines zones montagneuses de l’ouest du Maroc, mais également en Algérie et en Tunisie, les pertes de sols peuvent atteindre, dans les situations les plus sévères, plus de 100 tonnes par hectare et par an.
Les pluies fortes sur des terres insuffisamment couvertes par la végétation favorisent le ruissellement et emportent la couche superficielle du sol, souvent la plus fertile. Dans les régions sèches, le manque de couverture végétale augmente également la vulnérabilité aux vents.
La biodiversité des sols est elle aussi sous pression. Plusieurs secteurs du littoral nord-africain, notamment entre Casablanca et la Tunisie, présentent un niveau élevé de menaces potentielles liées à l’érosion, à la désertification, à l’urbanisation et à la diminution de la matière organique.
Autre signal préoccupant : la baisse du carbone organique dans les terres agricoles. La FAO observe une tendance à la diminution depuis 2015, sous l’effet notamment des sécheresses, de la réduction de la couverture végétale, de l’érosion et de la faiblesse des apports de matière organique.
Face à cette situation, l’organisation recommande de renforcer les pratiques permettant de préserver la fertilité des sols. Il s’agit notamment de maintenir une couverture végétale, de laisser autant que possible les résidus de culture sur les parcelles, de développer l’utilisation du compost et du fumier et d’adapter les apports d’engrais aux besoins réels des sols.
L’agriculture de conservation reste toutefois peu répandue. La FAO estimait à environ 13 000 hectares les superficies marocaines concernées par ces pratiques en 2018-2019, une donnée qui ne reflète pas nécessairement les progrès réalisés depuis dans le développement du semis direct.
La FAO estime que la préservation des sols doit désormais accompagner les efforts d’intensification et d’extension de l’agriculture marocaine. Une meilleure gestion de l’eau, de la salinité et de la fertilité, associée à des pratiques agricoles durables, apparaît essentielle pour maintenir la productivité des terres sur le long terme.
L’organisation préconise également l’actualisation régulière des données et des cartes nationales de fertilité afin de permettre aux agriculteurs et aux décideurs de mieux cibler les actions de restauration et de conservation.
Le message du rapport est donc sans équivoque : dans un contexte marqué par le changement climatique et la raréfaction de l’eau, accroître les surfaces agricoles ne peut se faire durablement sans préserver la ressource la plus fondamentale de l’agriculture, à savoir le sol.








