Les échanges agroalimentaires entre l’Union européenne et l’Afrique ont connu des évolutions contrastées au cours du premier semestre 2026.
Si plusieurs pays africains ont enregistré une forte baisse de la valeur de leurs exportations vers le marché européen, notamment sous l’effet du recul des prix du cacao, d’autres ont au contraire renforcé leurs échanges avec l’UE. Le Maroc et l’Égypte figurent parmi les marchés qui se distinguent dans ce paysage.
Selon le suivi mensuel du commerce agroalimentaire publié le 28 août 2026 par la Commission européenne, les exportations agroalimentaires de l’UE se sont établies à 117,2 milliards d’euros entre janvier et juin 2026, en baisse de 2 % sur un an. Les importations ont également reculé de 4 %, à 93,4 milliards d’euros.
Malgré cette contraction, le solde agroalimentaire européen atteint 23,9 milliards d’euros, soit une progression de 1,4 milliard d’euros par rapport au premier semestre 2025.
La baisse des prix du cacao a particulièrement affecté les principaux pays producteurs d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. La Côte d’Ivoire, premier fournisseur africain de produits agroalimentaires à l’Union européenne, a vu ses exportations vers le marché européen passer de 5,056 milliards d’euros au premier semestre 2025 à 4,114 milliards sur la même période en 2026, soit une diminution de 19 %.
Le Nigeria a enregistré une baisse encore plus importante, de 46 %, tandis que les exportations du Cameroun et de la Guinée ont respectivement reculé de 43 % et 94 %.
Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec précaution. Ils reflètent principalement la diminution de la valeur des produits échangés et ne signifient pas nécessairement une baisse équivalente des volumes exportés. La Commission européenne souligne notamment l’impact de la correction des prix du cacao.
À l’échelle mondiale, les importations européennes de café, thé, cacao et épices ont diminué de 3,6 milliards d’euros, soit 17 %. Pour les seuls produits du cacao, les prix ont chuté de 26 %, alors que les volumes importés n’ont reculé que de 3 %.
Cette situation illustre la forte dépendance de plusieurs économies africaines aux cours internationaux des matières premières agricoles. La Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Ghana représentent à eux seuls plus de 60 % des importations européennes de cacao et de produits à base de cacao.
La Côte d’Ivoire reste le principal fournisseur africain
Malgré le recul enregistré au premier semestre, la Côte d’Ivoire conserve sa place de premier fournisseur africain de produits agroalimentaires à l’Union européenne.
Avec 4,114 milliards d’euros d’exportations sur les six premiers mois de 2026, elle devance le Maroc, dont les exportations vers l’UE atteignent 2,461 milliards d’euros, et l’Égypte, avec 1,632 milliard d’euros.
Le niveau enregistré par Abidjan s’inscrit toutefois après une année 2025 particulièrement favorable. Sur l’ensemble de cette année, les importations européennes en provenance de Côte d’Ivoire avaient atteint 8,872 milliards d’euros, contre 6,759 milliards en 2024.
Le recul observé en 2026 traduit donc en partie la normalisation des prix du cacao après les niveaux élevés enregistrés précédemment.
Le Maroc demeure le principal débouché africain pour les produits européens
Du côté des exportations européennes, le Maroc continue de jouer un rôle majeur. Le Royaume a importé pour 1,722 milliard d’euros de produits agroalimentaires européens au premier semestre 2026, ce qui en fait le premier marché africain pour l’UE.
Ce montant représente toutefois une baisse de 10 % par rapport aux 1,920 milliard d’euros enregistrés un an auparavant.
Dans le même temps, les exportations agroalimentaires marocaines vers l’Union européenne ont légèrement progressé. Elles sont passées de 2,448 milliards d’euros au premier semestre 2025 à 2,461 milliards sur la même période de 2026, soit une hausse de 1 %.
Le Maroc affiche ainsi un excédent agroalimentaire d’environ 739 millions d’euros vis-à-vis de l’UE sur les six premiers mois de l’année.
Cette relation s’inscrit dans des échanges commerciaux plus larges. En 2025, le commerce de biens entre l’Union européenne et le Maroc a représenté 62,2 milliards d’euros.
L’Égypte tire son épingle du jeu
L’Égypte présente une trajectoire différente de celle des principaux producteurs de cacao. Le pays a enregistré une progression de ses échanges agroalimentaires avec l’Union européenne dans les deux directions.
Les exportations européennes vers l’Égypte ont atteint 1,258 milliard d’euros entre janvier et juin 2026, en hausse de 28 %, soit 278 millions d’euros supplémentaires. Cette progression est principalement liée à l’augmentation des exportations de blé.
Dans le sens inverse, les importations européennes en provenance d’Égypte ont progressé de 11 %, pour atteindre 1,632 milliard d’euros contre 1,468 milliard un an plus tôt.
Cette dynamique témoigne de la complémentarité entre les deux marchés, notamment en matière de produits agricoles et alimentaires.
Une relation commerciale toujours exposée aux fluctuations mondiales
Les données du premier semestre 2026 montrent que les échanges agroalimentaires entre l’Europe et l’Afrique restent fortement différenciés selon les pays.
Les économies dépendantes du cacao et d’autres matières premières agricoles demeurent particulièrement vulnérables aux fluctuations des cours internationaux. Une baisse des prix peut ainsi entraîner une forte diminution de la valeur des exportations sans que les quantités commercialisées diminuent dans les mêmes proportions.
Cette situation relance également la question de la transformation locale des matières premières. Pour plusieurs pays africains, l’enjeu consiste désormais à développer davantage les chaînes de valeur locales afin de capter une plus grande part de la richesse générée par leurs productions agricoles.
L’Union européenne entend, de son côté, renforcer ses relations économiques avec le continent à travers le programme Global Gateway Afrique-Europe, qui prévoit la mobilisation de 150 milliards d’euros en faveur notamment des infrastructures, du numérique, de l’énergie, de la santé, de l’éducation et de l’intégration économique.
Les chiffres du premier semestre 2026 montrent ainsi une relation agroalimentaire toujours importante entre les deux continents, mais dont les performances restent étroitement liées aux prix mondiaux, aux besoins alimentaires et à la structure des économies partenaires.








