Au Togo, le paradoxe persiste : secteur clé avec 21% du PIB, l’agriculture ne reçoit que 1,5% des concours bancaires. Réuni le 17 septembre à Lomé, le Conseil National du Crédit veut inverser la tendance et pousser les banques vers l’économie réelle.
Le constat est sans appel. Selon les données présentées lors de la réunion du Conseil national du crédit (CNC) tenue jeudi 17 septembre à Lomé, l’agriculture représente environ 21% du produit intérieur brut togolais, mais ne capte que 1,5% des crédits bancaires. Un déséquilibre qui illustre les difficultés structurelles d’accès au financement dans un secteur pourtant vital.
Présidant la session, le ministre de l’Économie et des Finances, Essowè Georges Barcola, a appelé les établissements bancaires à réorienter davantage leurs concours vers les secteurs productifs et créateurs d’emplois, au premier rang desquels l’agriculture et les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME).
Les chiffres du premier semestre 2026 montrent une progression. Les nouveaux crédits accordés à l’agriculture ont atteint 15,4 milliards FCFA (26,9 millions de dollars), contre 8,4 milliards à la même période en 2025, soit une hausse de 83,3%.
Cette embellie reste toutefois très concentrée. Elle est portée quasi exclusivement par les crédits de campagne destinés à la filière coton, tandis que les autres filières – céréales, maraîchage, élevage – restent largement en marge du financement bancaire.
Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais d’élargir cette dynamique. Le ministre a invité les banques à mobiliser davantage les mécanismes de garantie et de partage de risques existants, notamment le Programme de modernisation de l’agriculture au Togo (ProMAT) et le Projet d’appui au mécanisme incitatif de financement agricole (ProMIFA), conçus justement pour sécuriser le crédit agricole.
Cette interpellation intervient dans un contexte de forte concentration du crédit. Selon un diagnostic présenté lors de la deuxième session du CNC en juin 2026, 70% des nouveaux crédits sont captés par une poignée de grandes entreprises, laissant peu de place aux secteurs productifs.
Le même défi se pose pour les TPME. Elles constituent pourtant l’épine dorsale du tissu économique national : plus de 90% des entreprises, 40% du PIB et 60% des emplois créés, selon les chiffres du ministère du Commerce en juillet 2024.
Essowè Georges Barcola a demandé aux banques de développer des produits adaptés à leur réalité.
Le CNC avait déjà, en juin dernier, appelé les établissements à collaborer plus étroitement avec l’Agence de développement des TPME (ADTPME) et à mieux exploiter les données du Bureau d’information sur le crédit (BIC) pour mieux évaluer et réduire le risque.
Au-delà du financement des secteurs productifs, le CNC garde un œil sur la microfinance. Malgré une collecte d’épargne en progression, le secteur reste fragile. Le ministre a exigé l’exécution rigoureuse des plans de redressement des institutions en difficulté, en particulier celles de grande taille.
Pour les autorités, l’objectif est clair : faire du crédit bancaire un véritable levier de l’économie réelle. Cela implique d’un côté que les banques s’appuient sur les instruments de garantie disponibles, et de l’autre que les producteurs et entrepreneurs renforcent leur capacité à présenter des projets structurés et bancables.
Le cap est fixé : que la croissance du crédit agricole ne se limite plus au coton, mais irrigue l’ensemble des filières et les TPME.






