« Le gouvernement se soucie de sa jeunesse. » Cette déclaration du ministre Pacôme Adjourouvi fait depuis quelques jours le tour des réseaux sociaux. Une phrase qui suscite des réactions, parfois favorables, parfois critiques, mais qui pose surtout une question essentielle : qu’est-ce que cela signifie concrètement pour le jeune Togolais qui cherche un emploi, tente de lancer une activité ou peine simplement à construire son avenir ?
La question mérite d’être posée sans passion excessive, mais aussi sans complaisance.
Il serait injuste de prétendre que rien n’est fait en faveur de la jeunesse. Au fil des années, l’État togolais a mis en place plusieurs mécanismes destinés à soutenir les jeunes. Le FNFI, le FAIEJ, le PAEIJ-SP, l’ANPE et différents programmes de formation ou d’accompagnement témoignent d’une volonté publique d’agir sur la question de l’emploi et de l’entrepreneuriat.
Dans le domaine de la formation également, des investissements ont été réalisés, notamment à travers les Instituts de formation en alternance pour le développement (IFAD) et d’autres structures destinées à rapprocher la formation des besoins du marché du travail.
Ces initiatives existent. Elles doivent être reconnues. Mais une autre réalité existe également. Pour beaucoup de jeunes, le problème commence précisément après la formation.
Obtenir un diplôme ne signifie pas automatiquement décrocher un emploi. Suivre une formation ne garantit pas nécessairement un revenu stable. Et obtenir un financement pour démarrer une activité ne signifie pas que cette activité survivra aux difficultés du marché.
C’est là que le discours politique rencontre la réalité quotidienne.
Un jeune peut-il réellement se projeter lorsqu’il enchaîne les stages, les petits contrats et les activités informelles ? Peut-il parler d’insertion lorsqu’il travaille sans revenu régulier et sans véritable sécurité ? Peut-il considérer qu’il a réussi son entrée dans la vie active lorsqu’il demeure financièrement dépendant de sa famille plusieurs années après ses études ?
Ces questions ne signifient pas que les politiques publiques sont inutiles. Elles montrent simplement qu’entre la création d’un programme et son impact réel, il existe parfois un long chemin. Et ce chemin, ce sont les jeunes qui le parcourent.
Des opportunités existent, mais sont-elles suffisamment accessibles ?
Une autre question mérite d’être posée : celle de l’accès aux opportunités.
Sur le papier, les dispositifs sont nombreux. Mais combien de jeunes les connaissent réellement ? Combien savent exactement comment déposer un dossier, quelles sont les conditions d’éligibilité et vers qui se tourner ? Combien abandonnent en cours de route face aux démarches administratives ou au manque d’information ?
Dans les discussions quotidiennes, certains jeunes évoquent également le sentiment que les opportunités ne profitent pas toujours à tout le monde de manière équitable. Parfois ils vont jusqu’à accuser les pouvoirs publics de favoritisme.
Lorsqu’un sentiment d’injustice s’installe durablement chez une partie de la jeunesse, il ne devrait pas être simplement balayé. Il devrait plutôt conduire à davantage de transparence, d’information et d’évaluation des programmes.
Car un dispositif public peut être parfaitement conçu sur le papier et perdre une grande partie de son efficacité si les citoyens ne savent pas comment y accéder.
Le véritable indicateur, ce sont les résultats
À mon sens, le débat ne devrait donc pas se limiter à une opposition entre ceux qui disent que le gouvernement fait beaucoup et ceux qui affirment qu’il ne fait rien.
La vraie question est ailleurs : quels sont les résultats ?
Combien de jeunes ont obtenu un emploi durable grâce aux programmes publics ?
Combien d’entreprises financées sont toujours en activité après trois ou cinq ans ?
Combien de bénéficiaires ont vu leurs revenus augmenter de manière significative ?
Combien de jeunes des zones rurales bénéficient de ces dispositifs ?
Et surtout, les opportunités sont-elles suffisamment nombreuses pour répondre à une jeunesse dont les aspirations et les effectifs augmentent ?
Ce sont ces données qui permettront de mesurer concrètement l’efficacité des politiques publiques.
Car une jeunesse ne vit pas de statistiques uniquement. Elle vit de son salaire, de son activité, de son logement, de sa capacité à se soigner, à se former, à créer une famille et à envisager l’avenir avec un minimum de sérénité.
Se soucier de la jeunesse, c’est aussi l’écouter
Le gouvernement peut mettre en place des programmes. Le secteur privé peut créer des emplois. Les jeunes peuvent entreprendre et se former. Mais il existe un élément qui ne devrait jamais être oublié : écouter la jeunesse elle-même.
Que veulent réellement les jeunes Togolais ?
Quels secteurs souhaitent-ils intégrer ?
Pourquoi certains abandonnent-ils leur formation ?
Pourquoi d’autres choisissent-ils de quitter leur région ou le pays ?
Pourquoi certains diplômés préfèrent-ils parfois créer une petite activité sans rapport avec leur formation plutôt que de chercher pendant des années un emploi correspondant à leurs compétences ?
Ces questions méritent des réponses. Et surtout, elles méritent que les jeunes soient considérés non seulement comme des bénéficiaires de politiques publiques, mais comme des acteurs du développement national.
Entre reconnaissance et exigence
Dire que le gouvernement se soucie de sa jeunesse n’est donc pas nécessairement une affirmation à rejeter.
Des actions existent. Des moyens sont mobilisés. Des programmes sont lancés. Mais la jeunesse est également en droit d’attendre davantage.
Elle peut reconnaître les efforts accomplis tout en demandant que ces efforts produisent davantage de résultats. Elle peut saluer les programmes existants tout en réclamant une meilleure accessibilité. Elle peut apprécier les formations proposées tout en demandant davantage de débouchés.
Reconnaître les actions du gouvernement ne signifie pas renoncer à l’exigence citoyenne.
Au contraire.
Le véritable enjeu est de passer d’une logique où l’on annonce des programmes à une logique où l’on mesure régulièrement leurs résultats et où l’on corrige ce qui ne fonctionne pas suffisamment.
Parce qu’au fond, le jeune Togolais ne demande pas seulement qu’on lui dise que l’État pense à lui. Il veut pouvoir le constater dans sa vie quotidienne.
Il veut pouvoir trouver une opportunité sans devoir compter sur une relation personnelle. Il veut pouvoir entreprendre sans être condamné à abandonner son projet quelques mois plus tard. Il veut pouvoir travailler après ses études. Il veut pouvoir rester au pays sans avoir le sentiment que son avenir se trouve nécessairement ailleurs.
Le ministre a affirmé que le gouvernement se soucie de sa jeunesse. La meilleure réponse à cette affirmation ne viendra ni des réseaux sociaux ni des débats politiques. Elle viendra des résultats.
Parce qu’au bout du compte, une jeunesse ne demande pas seulement à être rassurée. Elle demande à voir son avenir…
Marc Yaovi Essowè GNAZOU, journaliste togolais et responsable du journal LENEUTRE






