Le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) au Togo est fortement sollicité dans la dynamique de développement et de modernisation du pays. Cependant, les entreprises togolaises du domaine doivent faire face à d’importants défis, notamment en matière de financement, de structuration et de compétitivité.
À la tête du Groupement National des Entreprises de BTP du Togo, M. TSOGBE Yawo Agbessi dresse le bilan de l’année 2025 pour le secteur et présente les perspectives pour 2026. Il évoque les avancées enregistrées, notamment en matière de consolidation institutionnelle et de coopération internationale, tout en soulignant les difficultés persistantes auxquelles sont confrontées les entreprises nationales.
Sans détour, il plaide pour une meilleure organisation du secteur et appelle à un partenariat plus étroit entre l’État et le secteur privé, afin de bâtir un BTP togolais plus compétitif, plus structuré et plus équitable.
Monsieur TSOGBE Yawo Agbessi, vous êtes le Président du Groupement National des Entrepreneurs du Bâtiment et des Travaux Publics du Togo (GNEBTP-TOGO). Quels ont été les principaux défis du secteur du BTP en 2025 et quels résultats avez-vous obtenus ?
Président GNEBTP-TOGO : Je tiens tout d’abord à présenter mes meilleurs vœux pour cette année 2026 à la nation togolaise, à nos autorités et particulièrement à nos collègues du secteur du BTP. Que cette année soit placée sous le signe de la santé, du succès et de la réussite pour tous. S’agissant du bilan de l’année 2025, nous pouvons dire qu’il s’agit d’une année de consolidation et de dialogue. Nos actions ont été guidées par trois maîtres-mots : organisation, unité et dialogue avec l’État. Notre priorité était claire : mieux structurer les entreprises togolaises du BTP, encourager leur regroupement et améliorer leur accès aux marchés publics. Au cours de l’année 2025, nous avons renforcé la proximité avec nos membres en organisant des réunions dans chaque région. Nous avons également consolidé notre dialogue avec l’État. L’un des acquis majeurs de cette année est la mise en place d’une commission conjointe avec notre ministère de tutelle. Il s’agit d’une avancée significative qui nous permet d’identifier les difficultés du secteur et de proposer des solutions concrètes pour sa relance. Nous avons par ailleurs développé notre partenariat international avec la Fédération marocaine du BTP et intégré l’AFCCA, la Fédération Africaine des Associations d’Entrepreneurs en Construction. Ces initiatives ont contribué à redonner confiance à nos entrepreneurs et à repositionner notre groupement comme un acteur crédible, force de propositions auprès de nos partenaires. Cependant, nous avons également fait face à des défis importants, notamment en matière de financement. Les trésoreries des entreprises restent très fragiles. Nous avons besoin d’un meilleur accompagnement financier. Nous travaillons avec les institutions financières afin de trouver des solutions adaptées, notamment concernant les garanties bancaires exigées pour les soumissions et les démarrages de chantiers.
Vous avez évoqué le partenariat avec vos homologues marocains. Quels sont concrètement les objectifs poursuivis à travers cette coopération ?
Président GNEBTP-TOGO : Le partenariat signé avec le Maroc en 2025 vise principalement à renforcer les capacités de nos entreprises et de nos professionnels du BTP. Nous cherchons à favoriser un transfert de compétences à travers des échanges techniques, des formations spécialisées et des missions professionnelles. Cela nous permettra de partager des expériences en matière d’organisation professionnelle et d’innovations technologiques. Ce partenariat ouvre également des perspectives de coopération économique intéressantes, notamment la possibilité de constituer des groupements avec des entreprises marocaines pour répondre à des appels d’offres régionaux et internationaux. Il s’agit d’une véritable coopération Sud-Sud destinée à promouvoir le développement du BTP togolais. Nous sommes particulièrement fiers de cette initiative, car elle bénéficie non seulement à nos entreprises, mais également à la formation de nos jeunes. Nous avons signé un accord avec une école de formation à Fès afin de permettre à nos techniciens de se perfectionner dans leurs spécialités. Nous sommes impatients de concrétiser ce projet et d’envoyer la première vague de stagiaires dès cette année 2026.
Abordons maintenant la question de l’accès équitable au marché privé. Comment comptez-vous résoudre ce problème ?
Président GNEBTP-TOGO : Je vous remercie de me donner l’occasion d’aborder cette question cruciale. Pour nous, l’accès équitable au marché privé passe avant tout par une plus grande transparence dans l’attribution des marchés. La commission avec notre ministère de tutelle a travaillé sur cette problématique. Nous avons soumis des propositions visant à améliorer la transparence et la concurrence dans les marchés publics. Nous demandons également à l’État de soutenir davantage les entreprises locales, car la concurrence devient de plus en plus intense. Dans un contexte d’intégration régionale et d’ouverture, les entreprises étrangères sont très présentes. Nous devons donc nous adapter, mais aussi être protégés. Nous souhaitons que certains marchés soient réservés aux entreprises locales et que les procédures d’appel d’offres soient simplifiées. Il est par ailleurs essentiel que les critères d’attribution soient adaptés à nos réalités. Nous constatons souvent que certains critères excluent les entreprises locales. Nous travaillons avec les autorités afin que ces critères soient révisés pour favoriser la participation des entreprises nationales. Nous plaidons également pour une meilleure structuration de la sous-traitance, afin que les entreprises étrangères intervenant au Togo assurent un véritable transfert de compétences aux entreprises locales. Notre objectif est de permettre aux entreprises togolaises d’acquérir progressivement les compétences nécessaires pour exécuter des travaux de plus en plus complexes et réduire leur dépendance. Je reste convaincu que nous pouvons y parvenir, car les autorités ont compris l’importance de soutenir les entreprises locales et ont déjà engagé des actions en ce sens. Nous poursuivrons nos efforts pour promouvoir une concurrence plus juste et plus équitable.

Lors de votre rencontre du 12 février dernier avec le Comité de concertation État-secteur privé, plusieurs sujets ont été abordés. Que peut-on concrètement retenir de cette réunion ?
Président GNEBTP-TOGO : Je vous remercie de me permettre de revenir sur cette rencontre importante. Cette réunion initiée par le ministre des finances et du budget, président du comité de concertation permet d’exposer les difficultés rencontrées par notre secteur. Au cours des échanges, le ministre a soulevé plusieurs préoccupations majeures, notamment les retards dans la livraison des chantiers, les abandons de travaux et la qualité parfois insuffisante des réalisations. Il a également présenté certains marchés en difficulté et nous a demandé de proposer des solutions concrètes. Nous comprenons les préoccupations des autorités, car ces situations portent atteinte à l’image de notre pays et fragilisent les relations avec les bailleurs de fonds. Nous avons proposé de réaliser un diagnostic approfondi afin d’identifier les causes réelles des retards et des abandons, car les entreprises ne sont pas toujours responsables de ces situations. Les causes peuvent être exogènes : études techniques insuffisantes, délais irréalistes, déplacements de réseaux non anticipés, ou encore attribution de marchés à des entreprises non qualifiées pour des raisons inappropriées. Nous avons également évoqué la problématique du moins-disant, qui entraîne souvent des retards et des abandons de chantiers. Pour remédier à ces difficultés, nous avons proposé la mise en place d’une commission d’audit des marchés en difficulté afin d’identifier les causes profondes et de formuler des recommandations durables pour améliorer la qualité des travaux et la gestion des projets.

Quelles sont vos perspectives pour l’année 2026 et comment comptez-vous promouvoir davantage l’équité dans votre secteur ?
Président GNEBTP-TOGO : Nous avons formulé plusieurs propositions pour assainir notre secteur, qui connaît actuellement des dysfonctionnements importants. Nous souhaitons instaurer une classification des entreprises, à l’image des championnats sportifs, avec des catégories D1, D2, D3 et D4. Cette classification permettra d’adapter les marchés aux capacités réelles des entreprises et d’éviter que certaines ne soumissionnent à des projets dépassant leurs compétences. Cette classification reposera sur des critères objectifs tels que l’existence légale et opérationnelle de l’entreprise, la qualification du personnel, la disponibilité du matériel et les références techniques. Elle permettra de distinguer les entreprises structurées des opérateurs opportunistes et contribuera à résoudre une grande partie des difficultés du secteur. Nous proposons également la création d’une société de location de matériel afin de faciliter l’accès des entreprises aux équipements nécessaires. Par ailleurs, nous souhaitons un accompagnement accru des institutions financières et des banques dans l’exécution des travaux, notamment par la simplification des procédures de garantie et de caution. Avec l’appui des autorités, nous sommes convaincus que nous pouvons faire émerger de véritables champions nationaux du BTP, capables de porter haut les couleurs de notre pays.
Mot de la fin
Président GNEBTP-TOGO : Je voudrais saluer la vision portée par le Président du Conseil, Son Excellence Monsieur Faure Essozimna GNASSINGBÉ, pour le développement de notre pays. Je souhaite également adresser un message d’encouragement à mes collègues entrepreneurs. Il est vrai que lorsque l’on porte un habit blanc, ce sont les taches qui attirent le plus l’attention. Pourtant, nos collègues accomplissent de grandes réalisations. Un jour viendra, j’en suis persuadé, où leurs efforts seront pleinement reconnus et valorisés. À tous ceux qui travaillent avec détermination, je dis : ne vous découragez pas. Continuez. Vos efforts finiront par porter leurs fruits. J’encourage également chacun à poursuivre son perfectionnement, à améliorer la qualité des travaux et à respecter les délais contractuels. Il est essentiel de proposer des prix réalistes, même si le contexte peut parfois inciter à des pratiques discutables. L’instinct de survie ne doit pas nous conduire à compromettre la qualité ou l’éthique professionnelle. Enfin, j’invite les autorités à continuer de nous accompagner, notamment en veillant au paiement diligent des travaux exécutés, afin d’éviter les retards et les abandons de chantiers.








