Dans un communiqué officiel publié ce 21 septembre 2026 depuis Lomé, le Réseau Ouest Africain pour la Paix et les Droits de l’Homme (ROAPDH) tire la sonnette d’alarme et place la jeunesse au cœur de la solution.
En ce 21 septembre, Journée Internationale de la Paix, le message du Réseau Ouest Africain pour la Paix et les Droits de l’Homme (ROAPDH), porté par sa Présidence et l’Action pour le Développement Inclusif et l’Éducation à la Formation (ACDIEF), est sans détour : célébrer la paix, oui, mais sans se voiler la face. En Afrique de l’Ouest, la paix est en état d’urgence.
Une région modèle devenue épicentre des crises
Longtemps citée comme un modèle d’intégration régionale, l’Afrique de l’Ouest concentre aujourd’hui plus de 60% des victimes du terrorisme en Afrique. Du Sahel central aux zones côtières du Golfe de Guinée, la violence armée a causé plus de 15 000 morts civils en 2025 et forcé plus de 6 millions de personnes à fuir leurs foyers.
Pour le ROAPDH, le constat est plus profond que les statistiques sécuritaires. « La paix n’est plus seulement menacée par les armes. Elle est menacée par la faim, par l’injustice et par le mensonge », souligne le Réseau.
Le ROAPDH identifie quatre fractures structurelles qui sapent durablement la paix :
La crise de gouvernance et le déficit de justice sociale : Corruption, impunité, exclusion politique et absence de perspectives économiques bloquent l’ascenseur social. Quand un jeune diplômé ne voit plus d’avenir, la promesse républicaine se brise et le terreau de la contestation violente s’enrichit.
Le nexus climat-sécurité : Le changement climatique n’est plus une menace future, c’est un multiplicateur de conflits au présent. La raréfaction des terres fertiles et de l’eau exacerbe les affrontements entre agriculteurs et éleveurs, du Nigeria au Tchad. Sans justice climatique, pas de paix durable.
La guerre informationnelle : Nouveau champ de bataille, la désinformation détruit le vivre-ensemble plus vite que les armes. Discours de haine, manipulations ethniques sur TikTok, Facebook et WhatsApp hyper-connectent les sociétés tout en les divisant profondément.
L’instrumentalisation des vulnérabilités : Premières victimes des conflits, les femmes restent exclues de 90% des processus de paix formels. Les personnes en situation de handicap sont, elles, invisibles dans l’aide humanitaire. « Exclure, c’est déjà préparer le prochain conflit », rappelle le ROAPDH.
La jeunesse : de victime désignée à architecte de la paix
Contrairement au discours dominant qui présente la jeunesse comme un risque sécuritaire, le ROAPDH affirme avec force que la jeunesse ouest-africaine est le principal capital paix de la région. Il est temps de la sortir du rôle de figurante pour lui confier trois missions essentielles :
Sentinelle : Natifs du numérique, les jeunes sont les mieux placés pour déconstruire les fake news, pratiquer le fact-checking communautaire et promouvoir l’éducation aux médias dans nos langues locales.
Médiatrice : Présents dans les quartiers, les universités et les zones rurales, ils sont des ponts naturels entre les communautés. Le ROAPDH appelle à institutionnaliser leur rôle de médiateurs locaux.
Entrepreneuse de paix : Il faut passer des projets ponctuels à une véritable économie de la paix, en finançant les initiatives de jeunes qui créent de l’emploi, réconcilient et innovent pour la cohésion sociale.
Des appels clairs et des engagements concrets
Le communiqué ne se limite pas au diagnostic. Il interpelle directement les décideurs.
Aux Gouvernements de la CEDEAO :
Investir au moins 15% des budgets de sécurité dans la prévention : éducation, emploi des jeunes, justice de proximité.
Mettre en œuvre intégralement les Résolutions 1325 (Femmes, Paix et Sécurité) et 2250 (Jeunesse, Paix et Sécurité) avec des budgets dédiés et des indicateurs mesurables.
Réguler sans censurer : adopter des législations contre la désinformation qui protègent la liberté d’expression tout en responsabilisant les plateformes numériques.
Lutter contre l’impunité, condition sine qua non de toute réconciliation durable.
Aux Partenaires Techniques et Financiers :
Financer la paix comme un investissement de long terme, non comme une aide d’urgence.
Orienter les fonds vers les organisations locales : aujourd’hui, moins de 5% des fonds de consolidation de la paix vont directement aux OSC ouest-africaines.
Soutenir la paix du quotidien : mécanismes d’alerte précoce communautaires, coopératives de femmes, radios locales.
Harmoniser les approches pour éviter une compétition artificielle entre acteurs de terrain.
Le ROAPDH s’engage
Déployer d’ici décembre 2026 son programme régional « Jeunes Sentinelles contre la désinformation ».
Plaider pour la création d’un Fonds Régional pour l’Entrepreneuriat des Jeunes pour la Paix.
Publier un rapport annuel citoyen sur l’état de la paix en Afrique de l’Ouest.
« La paix n’est pas un mot. C’est un comportement. C’est un budget. C’est un choix quotidien. »
En cette Journée Internationale de la Paix, le ROAPDH, fort de ses membres dans les 15 pays de la CEDEAO, invite à choisir d’investir dans ce qui unit plutôt que dans ce qui divise.






