Systèmes alimentaires africains : à Kigali, les agriculteurs appellent à investir davantage dans la résilience et les petits exploitants

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Le Forum africain sur les systèmes alimentaires réunit du 1er au 4 septembre 2026 à Kigali des chefs d’État, ministres, décideurs politiques, représentants du secteur privé et acteurs de la société civile autour d’un enjeu majeur : accélérer la transformation des systèmes agroalimentaires du continent.

Placée sous le thème « Investir dans les systèmes agroalimentaires africains : nourrir les Nations, créer des emplois, renforcer la résilience », cette rencontre met particulièrement l’accent sur le financement, la création d’emplois pour les jeunes et les femmes ainsi que l’adaptation aux changements climatiques.


Ce forum intervient dans un contexte marqué par la fragilité croissante des systèmes alimentaires africains. Après des décennies de sous-investissement, le continent reste fortement exposé aux conflits, aux crises énergétiques, à la hausse du coût des intrants agricoles et aux effets du changement climatique. Le document souligne notamment que la hausse des prix des engrais et les risques liés aux phénomènes climatiques extrêmes pourraient accentuer les mauvaises récoltes, la flambée des prix alimentaires et l’insécurité alimentaire.


Un déficit criant de financement agricole
La question du financement figure au cœur des discussions. Alors que les gouvernements africains peinent encore à respecter l’engagement de consacrer 10 % de leurs ressources nationales à l’agriculture, les investissements privés dans le secteur restent particulièrement faibles. Ils ne représentent que 3 % des investissements privés, contre une moyenne mondiale de 10 %.

Au-delà du volume des financements, leur accessibilité constitue un autre défi majeur. Les petits exploitants agricoles, qui jouent un rôle essentiel dans l’approvisionnement alimentaire du continent, obtiennent moins de 1 % des financements nécessaires pour renforcer leur résilience et faire face aux différents chocs. Les taux d’intérêt élevés, les procédures complexes, les exigences en matière de garanties et l’insuffisance de produits financiers adaptés aux cycles agricoles continuent de les exclure du crédit.

Le financement climatique reste lui aussi difficilement accessible aux organisations paysannes, en raison notamment de procédures jugées complexes, coûteuses, longues et peu transparentes.

Face aux changements climatiques, les participants insistent sur la nécessité d’investissements de long terme dans les sols, l’eau, les semences, l’assurance agricole et les systèmes d’alerte précoce.

Le défi est considérable : environ 65 % des terres productives et agricoles africaines seraient dégradées, tandis que plus de 90 % de l’agriculture africaine dépend des précipitations. Dans le même temps, moins de 3 % des petits exploitants agricoles d’Afrique subsaharienne bénéficient d’une assurance agricole.

Le Forum met ainsi en avant l’agroécologie et l’agriculture régénérative comme des pistes permettant de renforcer la résilience des exploitations.

L’utilisation d’engrais organiques comme le compost ou le biochar peut notamment contribuer à améliorer la fertilité et la structure des sols, à renforcer leur capacité de rétention d’eau et à réduire leur vulnérabilité à l’érosion.

Le document indique par ailleurs que l’agroécologie pourrait permettre d’augmenter les rendements agricoles moyens en Afrique jusqu’à 116 %, tandis que plusieurs pays africains ont adopté ou sont en voie d’adopter des stratégies nationales dans ce domaine.

Les organisations paysannes entendent également rappeler leur rôle central dans les systèmes alimentaires africains. Les petits exploitants produisent 90 % de la production alimentaire africaine et constituent un pilier des économies rurales. En Afrique subsaharienne, les exploitations familiales représentent environ 60 à 65 % de la main-d’œuvre, tandis que l’agriculture pèse au moins 20 % du PIB régional.

Malgré cette contribution, les agriculteurs et leurs organisations restent trop souvent éloignés des processus de décision. Ils sont notamment insuffisamment associés à la conception, à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation des politiques et investissements agricoles.

La transformation des systèmes agroalimentaires représente également une importante opportunité économique pour le continent. Elle pourrait contribuer à développer la production locale, réduire la facture des importations alimentaires, estimée à près de 65 milliards de dollars par an, et créer des millions d’emplois, notamment pour les jeunes.

Les femmes occupent une place déterminante dans cette dynamique. Elles représentent plus de la moitié des 33 millions de petits agriculteurs en Afrique subsaharienne, mais restent confrontées à d’importantes difficultés d’accès au financement, aux technologies, aux services de vulgarisation, aux marchés et aux actifs productifs, notamment la terre et l’irrigation.


La réduction des inégalités entre les sexes pourrait, selon le document, accroître la production agricole globale de près de 19 % et contribuer à sortir des centaines de milliers de familles rurales de la pauvreté.

Réunies au Forum, des organisations paysannes représentant environ 250 millions de petits exploitants africains demandent aux gouvernements et aux bailleurs de fonds de reconnaître davantage les agriculteurs comme des acteurs économiques, des investisseurs, des entrepreneurs et des partenaires du développement.

Elles appellent également à accroître les investissements en faveur de l’agriculture familiale, à faciliter l’accès à des crédits abordables, aux assurances agricoles et aux financements climatiques, tout en développant des produits financiers adaptés aux cycles de production agricole.

La résilience doit, selon elles, passer par des investissements dans la santé des sols, la gestion de l’eau, l’agriculture intelligente face au climat, l’agroécologie, les systèmes semenciers locaux, les systèmes d’alerte précoce, les énergies renouvelables et les infrastructures résilientes. Elles demandent enfin un soutien accru aux femmes et aux jeunes afin de favoriser leur carrière et la création d’entreprises dans le secteur agricole.

À Kigali, le message est donc clair : la transformation des systèmes alimentaires africains ne pourra être durable sans un financement plus important, plus accessible et mieux orienté vers les petits producteurs, ainsi qu’une participation effective des agriculteurs aux décisions qui façonnent l’avenir de l’agriculture africaine.

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