L’Hôpital de Référence Dogta‑Lafiè franchit une étape majeure dans l’histoire de la médecine togolaise. Pour la première fois, depuis le 3 mai 2026, une campagne nationale de chirurgie cardiovasculaire est menée intégralement sur les installations de l’hôpital, marquant une avancée décisive vers l’autonomie sanitaire du pays.

Au terme d’une semaine d’intenses interventions, huit patients atteints de pathologies cardiaques complexes, notamment des malformations congénitales et des lésions valvulaires acquises, ont été opérés avec succès. Cette performance médicale et organisationnelle positionne désormais Dogta-Lafiè parmi les centres hospitaliers les plus performants de la sous-région, capables de répondre aux standards internationaux.

Le Directeur général de l’hôpital, Akata Eyouvéi, rappelle que cette initiative répond à une ambition forte : permettre aux Togolais d’accéder à des soins spécialisés de haut niveau sans recourir aux évacuations sanitaires à l’étranger. Selon lui, la chirurgie cardiaque représentait encore l’un des derniers domaines où la dépendance extérieure persistait.
Il a également salué l’engagement du Président du Conseil, Faure Gnassingbé, ainsi que celui de la CNSS, qui ont contribué à l’équipement complet de l’établissement. Grâce à cet appui, le coût des interventions a pu être réduit à environ huit millions FCFA par patient, contre 10 à 15 millions FCFA habituellement.
Cette campagne est l’aboutissement d’un processus engagé depuis 2024 avec l’accompagnement du professeur Gabriel Ciss et du docteur Adama Sawadogo. Les deux spécialistes avaient conduit une mission d’évaluation afin d’accompagner la structuration du programme de chirurgie cardiovasculaire de l’hôpital.

Dans cette dynamique, plusieurs médecins togolais ont été formés au Sénégal et associés à des campagnes opératoires pour renforcer leurs compétences sur les protocoles les plus exigeants. Des partenaires financiers, notamment la CNSS et plusieurs mécènes, ont également été mobilisés afin de permettre la prise en charge gratuite des patients les plus vulnérables.
L’un des éléments majeurs de cette campagne reste l’utilisation d’un appareil de circulation extracorporelle de dernière génération, un équipement rare en Afrique subsaharienne. Le professeur Gabriel Ciss a d’ailleurs exprimé son admiration devant ce niveau d’équipement, estimant que peu de centres africains disposent actuellement d’une telle technologie.

Grâce à cette infrastructure moderne, Dogta-Lafiè rejoint désormais le cercle restreint des établissements africains capables de réaliser des interventions cardiaques de très haute technicité.
Vers l’autonomie des équipes togolaises
Pour les responsables de la mission, cette campagne constitue surtout une étape vers l’autonomie complète des équipes nationales. L’objectif affiché est de transmettre les compétences nécessaires afin que les professionnels togolais puissent, à terme, conduire seuls les opérations cardiovasculaires.

Les résultats obtenus illustrent déjà cette progression : sur les huit patients opérés, plusieurs ont regagné leur chambre tandis que les autres poursuivent leur suivi en réanimation. Deux interventions supplémentaires doivent être réalisées par l’équipe togolaise avant la fin de la mission.
En visitant les patients, le ministre de la Santé, Jean‑Marie Tessi, a salué une avancée majeure pour le système sanitaire national. Il a rendu hommage à l’ensemble des équipes mobilisées, des cardiologues aux anesthésistes-réanimateurs, en passant par les paramédicaux et les logisticiens.
À travers cette campagne, le Togo démontre désormais sa capacité à prendre en charge localement des pathologies cardiaques complexes. Cette réussite marque un tournant important pour les patients, qui peuvent désormais être soignés près de leurs familles, mais aussi pour le système de santé national, qui renforce sa souveraineté et son expertise.

Pour cette première mission, dix patients ont été retenus selon la gravité des cas et les capacités disponibles. Après les huit premières opérations réussies, deux autres patients seront pris en charge avant le 15 mai par l’équipe locale.

Au-delà des performances techniques, Dogta-Lafiè s’impose aujourd’hui comme un symbole d’excellence hospitalière africaine, fondé sur l’investissement technologique, la coopération sud-sud et le renforcement des compétences locales. Une dynamique qui ouvre une nouvelle page pour la médecine spécialisée au Togo.






