Entre dénonciation d’une « conspiration malsaine » contre l’intelligence artificielle, attaque frontale contre le patron d’Anthropic et création d’une force dédiée à l’IA, le président américain affiche sa doctrine : accélérer à tout prix face à la Chine, sans freiner l’innovation.
Donald Trump s’est trouvé un nouvel adversaire : l’industrie de la peur autour de l’IA. Le président américain a multiplié les déclarations choc ces derniers jours sur l’intelligence artificielle, balayant d’un revers de main les appels à la régulation lancés par plusieurs dirigeants du secteur.
« L’idée que l’IA va détruire le monde est une arnaque ».
Tout est parti d’un message publié le 14 septembre sur son réseau Truth Social. Visant directement Dario Amodei, le PDG d’Anthropic, qui réclame un ralentissement du développement des modèles les plus avancés, Donald Trump écrit : « comme Dario (Anthropic !), qui fait aujourd’hui semblant d’être un ange parfait ».
Il dénonce dans la foulée « une conspiration malsaine en cours contre l’IA et les data centers, et le seul qui s’en réjouisse, c’est la Chine ».
Quelques heures plus tard, il enfonce le clou : « Concernant l’IA, à quel moment, dans l’histoire des affaires, a-t-on vu les dirigeants d’un secteur réclamer une régulation qui, appliquée avec rigueur, les mènerait à la ruine et à la faillite ? L’idée que l’IA va prendre le contrôle du monde et détruire l’humanité est un hoax. »
Dans un autre message intitulé « Hoax Buster », il ajoute : « Je suis le Hoax Buster, et je suis en train de démonter un autre hoax : que l’IA va prendre le contrôle, consumer et détruire le monde, et que des robots vont défiler dans nos villes pour se débarrasser de nous tous ! C’est encore plus délirant que le hoax Russia Russia Russia, ou l’arnaque du réchauffement climatique. »
Cette sortie n’est pas isolée. Elle résume la doctrine de la Maison-Blanche depuis fin 2025 : l’Amérique doit accélérer, pas réguler, pour conserver son avance face à Pékin. Une ligne défendue avec force par David Sacks, chargé de l’IA et des cryptomonnaies à la Maison-Blanche, qui accuse Anthropic de « mener une stratégie sophistiquée de capture réglementaire fondée sur la peur ».
Samedi 19 septembre, Donald Trump a franchi un cap supplémentaire en annonçant la création d’une « force dédiée à l’IA » (« AI Force ») chargée de superviser la réglementation du secteur et la nomination prochaine d’un « tsar » de l’IA.
« Nous n’entraverons ni ne freinerons en aucune manière la croissance de cette industrie incroyable », a-t-il déclaré. « Au contraire, nous la soutiendrons, l’aiderons et veillerons sur elle tout au long de son développement ! Toutefois, nous traquerons également le MAL – ce que nous pouvons faire très facilement grâce à notre système de justice pénale et civile déjà en place. »
Un décret surprise sur la cybersécurité
Pourtant, en coulisses, l’administration a opéré un virage prudent. Mardi dernier, Donald Trump a signé sans cérémonie un décret très attendu sur l’intelligence artificielle et la cybersécurité.
Le texte, qui réinstitue un encadrement relatif après l’abrogation du décret Biden de 2023, prévoit que les fleurons américains de l’IA (Google, OpenAI, Anthropic) pourront, « sur la base du volontariat », soumettre leurs modèles de pointe à un examen gouvernemental de 30 jours avant leur sortie.
L’objectif : éviter que des modèles capables de repérer et d’exploiter des failles informatiques à une vitesse inédite ne soient rendus publics avant le colmatage des brèches, au risque de viser des infrastructures critiques comme les réseaux électriques ou bancaires.
Le décret crée aussi une plateforme de coordination pilotée par le Trésor, en lien avec la NSA et l’agence de cybersécurité CISA. Google a salué « une étape importante ».
Une version plus contraignante devait être signée le 25 mai, mais avait été annulée à la dernière minute par le président qui ne voulait pas « compromettre » l’avance américaine. La période d’examen a finalement été réduite de 90 à 30 jours, ce qui a été présenté comme une victoire par les partisans de l’innovation.
Data centers, électricité et bataille des mégawatts
Au-delà de la régulation, les data centers sont devenus un sujet électoral majeur. La flambée des factures d’électricité dans l’Est des États-Unis et la multiplication des moratoires locaux de la Virginie à l’Ohio alimentent la contestation, à quelques mois des élections de mi-mandat.
Dans cette bataille énergétique, les mineurs de Bitcoin reconvertis dans l’hébergement de calcul pour l’IA se disputent désormais les mêmes mégawatts que Microsoft, AWS ou Google.






