Alors que le président français Emmanuel Macron tentait de redéfinir les relations entre la France et l’Afrique à travers le sommet « Africa Forward » organisé à Nairobi les 11 et 12 mai 2026, l’économiste togolais Kako Nubukpo a livré une analyse particulièrement sévère de cette initiative.
Invité sur AFO Media, l’ancien ministre togolais estime que cette rencontre ressemble davantage à une cérémonie d’adieu qu’à un véritable nouveau départ diplomatique. « C’était le rendez-vous au revoir », a-t-il déclaré, allant jusqu’à comparer le sommet à « une cérémonie de funérailles » de l’influence française sur le continent africain.
Le sommet de Nairobi avait pourtant été présenté comme une nouvelle étape dans la coopération franco-africaine. Structuré autour de trois grands axes — réflexion intellectuelle, échanges économiques et discussions politiques — l’événement a réuni une trentaine de chefs d’État africains, des acteurs de la société civile ainsi que des responsables du secteur privé.
Mais pour Kako Nubukpo, cette organisation révèle surtout un manque de cohérence entre les dimensions politique, économique et intellectuelle du projet. Selon lui, Emmanuel Macron n’a jamais réellement réussi à définir une ligne claire dans la relation entre la France et l’Afrique durant son mandat.
L’économiste revient également sur le sommet de Montpellier de 2021, qu’il jugeait déjà déséquilibré en raison de l’absence de dirigeants africains au profit d’échanges essentiellement tournés vers la jeunesse africaine.
Malgré les tensions récentes entre Paris et plusieurs capitales africaines, une trentaine de chefs d’État ont tout de même répondu présents à Nairobi. Pour expliquer cette participation, Kako Nubukpo évoque d’abord une logique géopolitique pragmatique.
Selon lui, les dirigeants africains diversifient aujourd’hui leurs partenariats avec des puissances comme la Chine, la Turquie, l’Inde ou encore le Brésil, sans pour autant rompre totalement avec la France, qui conserve un poids stratégique sur la scène internationale.
L’ancien ministre avance aussi une lecture plus historique et psychologique des relations franco-africaines. Il estime qu’un certain héritage colonial continue d’influencer les comportements diplomatiques entre les deux parties, même si, dans les faits, plusieurs États africains cherchent désormais à élargir leurs alliances au-delà de Paris.
Concernant la volonté affichée par la France de faire du business le principal moteur de sa nouvelle stratégie africaine, Kako Nubukpo se montre également sceptique.
Il rappelle que les principaux partenaires économiques de la France en Afrique restent historiquement des pays anglophones ou lusophones comme le Nigeria, l’Angola et l’Afrique du Sud.
À ses yeux, la France fait désormais face à une question stratégique majeure : celle de son positionnement futur sur le continent après l’affaiblissement progressif de son influence dans son ancien espace francophone.
Au terme du sommet de Nairobi, Kako Nubukpo estime que le concept « Africa Forward » reste encore flou et peine à convaincre sur le fond. Selon lui, la France tourne progressivement une page de son histoire africaine sans avoir encore défini clairement ce que sera la suite de sa relation avec le continent.
Source: Togobreakingnews






