L’Afrique amorce un tournant stratégique dans sa filière café. Bien que le continent assure près de 15 % de la production mondiale, il ne bénéficie encore que d’une faible part des revenus générés par ce marché estimé à plus de 245 milliards de dollars en 2024.
La majorité des producteurs africains, souvent de petits exploitants, continuent de percevoir une part infime de la valeur finale d’une tasse de café vendue à l’international.
Face à cette situation, huit pays africains ont signé à Marrakech, les 5 et 6 mai 2026, des accords de coopération dans le cadre du programme de l’African Coffee Hub, soutenu par la Banque islamique de développement et l’Organisation de la coopération islamique. Cette initiative ambitionne de transformer en profondeur l’organisation économique de la filière.
Depuis plusieurs années, la chaîne de commercialisation du café africain reste dominée par de nombreux intermédiaires qui captent l’essentiel des bénéfices, au détriment des producteurs. Le nouveau dispositif vise ainsi à réduire ces circuits complexes afin de permettre aux agriculteurs d’accéder plus directement aux marchés internationaux et d’obtenir une rémunération plus équitable.
Basé au Maroc autour du hub logistique de Tanger Med, l’African Coffee Hub servira de plateforme continentale pour la centralisation, la transformation, la traçabilité et la commercialisation du café africain. Même sans être producteur de café, le Maroc entend jouer un rôle stratégique dans cette nouvelle coopération économique Sud-Sud.
Le Togo figure parmi les pays engagés dans cette dynamique aux côtés de la Sierra Leone, de la Guinée, de Madagascar, de l’Ouganda, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et du Maroc. Pour ces États, l’enjeu dépasse largement l’agriculture : il s’agit aussi de renforcer la justice sociale dans les zones rurales et de mieux protéger les petits producteurs face aux déséquilibres du marché mondial.
Le programme met également l’accent sur la responsabilité sociale et environnementale, avec des actions prévues en faveur des coopératives, des jeunes et des femmes rurales qui représentent une part importante de la main-d’œuvre agricole. Des mécanismes de financement, de formation et d’accompagnement seront progressivement mis en place pour soutenir près de 15 millions de producteurs africains.

Au-delà du café, cette réforme pourrait servir de modèle à d’autres filières agricoles africaines comme le cacao, l’anacarde, le coton ou les fruits tropicaux. L’objectif est clair : permettre à l’Afrique de ne plus seulement exporter des matières premières brutes, mais aussi de transformer localement ses productions et de conserver une plus grande part de la richesse créée.
À travers cette initiative lancée à Marrakech, le continent affiche désormais son ambition de mieux maîtriser ses chaînes de valeur et de renforcer sa place dans l’économie mondiale.






